Au Maroc, confinement et ramadan profitent à la drague en ligne

Des jeunes Marocains, en 2018 à Rabat. YASSINE ALAOUI ISMAILI / NYT-REDUX Tous les soirs, le rituel est le même. Le coup de canon retentit. Les mosquées entonnent l’appel à la prière. On mange, on boit du thé à la menthe, on prie et… on drague...

Au Maroc, confinement et ramadan profitent à la drague en ligne
Des jeunes Marocains, en 2018 à Rabat.
Des jeunes Marocains, en 2018 à Rabat. YASSINE ALAOUI ISMAILI / NYT-REDUX

Tous les soirs, le rituel est le même. Le coup de canon retentit. Les mosquées entonnent l’appel à la prière. On mange, on boit du thé à la menthe, on prie et… on drague sur Instagram. « Je poste un selfie, je regarde quels mecs ont “liké”. Quand on se plaît, on passe sur FaceTime. Les conversations peuvent durer toute la nuit », raconte Layla*, une étudiante de 22 ans. Depuis que le royaume a instauré un état d’urgence sanitaire drastique, le 20 mars, les Marocains ne sont plus autorisés à sortir, sauf dérogation exceptionnelle. Le ramadan a débuté le 25 avril dans des conditions strictes, ­bouleversant un ensemble de traditions qui font de ce mois sacré celui du partage : ­interdiction de se rassembler ou de prier ­collectivement, mosquées fermées, couvre-feu à partir de 19 heures, barrages de police et blindés de l’armée pour chasser les contrevenants.

Claquemurée dans un petit appartement sombre avec ses parents, à Casablanca, Layla garde un moral d’acier. Le confinement, ce n’est pas ce que l’on croit, prévient-elle : « Même sans contact physique, on rencontre des gens, on séduit, on aime. Quelque part, c’est apaisant de ne plus avoir à se poser toutes ces questions qui nous taraudent d’habitude. » Comment s’aimer à l’abri des regards dans un pays où les relations sexuelles hors mariage sont punies de prison ? Comment éviter les dénonciations des voisins ? Où draguer et se faire draguer ? En temps de confinement, la réponse se trouve sur Tinder, Instagram, WhatsApp ou Facebook. « Sur les réseaux sociaux, je peux faire ce que je veux », assure Layla.

Parler de sexe sans tabou, faire des découvertes érotiques, par écrit ou en vidéo. En ce moment, elle entretient une relation ­torride depuis sa minuscule chambre avec Hassan, un informaticien à Marrakech. Ensemble, ils ont tenté de nouvelles expériences. « J’ai envoyé des photos de moi nue. C’est quelque chose que je n’aurais jamais fait à ce stade d’une relation dans la vie normale. De toute façon, il nous aurait été impossible de nous retrouver seuls. On aurait perdu notre temps à essayer de trouver des subterfuges alors que, là, on n’y pense même pas », remarque Layla. Petit à petit, le couple s’est laissé aller à de nouveaux ­plaisirs, relâchant la pression sexuelle liée aux interdits. « En temps normal, je suis plutôt sur mes gardes. Et puis, il ne faut pas oublier qu’au Maroc drague et harcèlement sont souvent confondus. Sur Internet, les femmes ont moins peur, elles ont un pouvoir sur la drague. Pour dire non, on swipe. C’est aussi simple que ça. »

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